jeudi 9 février 2012

ABSURDITE

Si à certains moment j'ai douté d'avoir fait le bon choix en venant au Liban (pendant la période de deux mois où j'attendais le début des cours...), aujourd'hui je suis certaine d'avoir pris la bonne décision. Ce pays est exactement ce dont j'avais besoin : finalement beaucoup plus dépaysant que j'aurais pu croire au tout premier abord. Et par certains aspects complêtement absurde. Et il nous arrive des choses absurdes et décalées presque quotidiennement.

Commençons dimanche dernier. Avec des amis ont a décidé d'aller manger dans un petit restaurant pas cher dans le quartier Arménien de Beyrouth (Bourj Hammoud). Un petit restaurant tenu par une famille Chiite pour les ouvriers syriens située sous le pont de la voie expresse. Une dizaine de petits plats (qu'ils ne cessaient de nous apporter) hyper consistants et boissons à volonté pour l'équivalent de 2.50 euros... On a ensuite décider d'aller prendre un café. Après avoir tourné 15minutes dans le quartier on fini par trouver un café ouvert (en face des anciennes rails de train inutilisées depuis 20 ans dans lesquelles poussent des arbres). Deux tables se battent en duel dans la rue. On rentre commander : on regarde la carte. "Un expresso svp" "Sorry...Ma fi (y'a pas)Expresso". "Ok, un chocolat chaud" "Sorry. Ma fi" "Tayeb, du thé?" "La2, ma fi". "Bon...Ok, 4 cafés turcs..."^^ . On se pose dehors, le fils du patron assurant le deuxième business du père : livreur de Narguilé (c'est très courant au Liban), s'élance à bord de son scooter (Un tas de fils avec deux roues sans carrosserie) livrer la Chicha quelque part dans le quartier. Le père s'attaque à faire les cafés : il sort dehors, s'assis par terre et fait chauffer l'eau sur son petit camping gaz posé devant sa boutique. Le fils revient à pleine vitesse et tente le dérapage contrôlé pour essayer d'impressionner la gente féminine attablée, et se ramasse en plein mur. On fini nos cafés et on reprend le chemin de la maison pour aller prendre un bus. Arrivés sur le boulevard principal on tombe en plein dans une manif' syrienne pro Bachar où presque une centaine de personnes s'entassent dans des camions avec la musique à fond en brandissant les drapeaux syriens et des photos de Bachar, camions suivis de près par les militaires libanais. On rentre.

Le soir on part chercher Hayet, une très bonne amie à moi, à l'aéroport avec ma colloc' Samah (un phénomène a elle seule cette femme). Arrivée au check point militaire Samah baisse la vitre de sa voiture (qu'elle qualifiait encore de incassable il y a 4 mois mais qui est depuis tombée en panne au moins 5 fois) comme de convention. La vitre lâche. On passe 3/4 d'heure à remonter et redescendre à la main la vitre centimêtres par centimêtres pour finalement la fermer parfaitement.

Le lendemain ma colloc croise le chemin d'une conne (m'a t-elle dit) en voiture. Souhaitant vivement l'insulter, celle ci se lance dans une course-poursuite à travers la ville pour lui dire deux mots. Elle fini par sortir de sa voiture. Claque la porte. La vitre explose en mille morceaux. Hors d'elle, elle remonte dans sa voiture en ayant omis qu'elle avait posé ses bananes sur son siège et s'assit en plein sur ces dernières. Elle ressort de la voiture, fait tomber ses clefs en dessous au milieu de sa voiture. Va chez le réparateur qui lui "répare" la vitre : il lui pose une vitre mais sans aspirer les bouts de verres tombés précedemment. Résultat? Elle ne peut plus ouvrir la fenêtre. Hâte de voir ce que ça va donner au prochain check point... Son seul regret de la journée? Ne pas avoir frappé la conne. (Pour sa défense, la conduite des libanais et leur attitude sur la route donne véritablement envie de cogner des fois...;).


Jeudi, journée formidable. Jour de cours intenses : 3h30 de cours avec un trou de 3h entre nos deux cours. Après un splendide cours de droit maritime avec une prof au français douteux (" les navires ressemblent aux personnes humaines ""le métier de marin présente de nombreux risques: prenez par exemple le Titanic."...). On s'apprête à aller travailler à la bibliothèque. Dans la "BU" se tient un repas où ont été invité les doyens des facultés de droit de France partenaires avec la filière : "Ben venez manger avec nous les filles nous dit la directrice" (imaginez ça en France...). Voulant vraiment travailler un peu on va s'assoir plus loin dans la bibliothèque même. La femme de ménage (vielle et folle mais hyper gentille) rentre et se pose pour manger avec nous. Pendant 20 minutes, bien qu'on lui ait dit qu'on était rassasié, elle nous nourrit avec ses mains "Tiens prend du poisson" "Non vraiment j'ai pas fai... Ok OK ok je prend du poisson" "Tiens du fatouch" "Non sérieusement on a pas f....Bon ok". "Vous voulez du Seven up? Attention buvez pas à la canette c'est vraiment dégoutant!!" (alors qu'on mange dans ses mains depuis 5minutes......). On parle longement avec elle. "Moi j'ai travaillé au Nation Unis! Oui mesdemoiselles!" "Ah bon?!" "Oui, j'ai été la femme de ménage de M. Geoffrey!"... Elle fini par nous donner son numéro de téléphone son adresse et nous invite chez elle à prendre le café un jour, parce que, nous a t-elle dit, elle lit dans le marc de café. "Ah oui?" "Absolument d'ailleurs c'est quoi ton signe?". En cinq minutes elle me révèle que je suis actuellement dans une relation avec une personne qui est à distance, avec qui je communique tous les jours par téléphone et qui est d'une nationalité différente de la mienne. Elle dit à Hayet qu'elle est en relation avec quelqu'un d'Algérie ou d'un pays proche de l'Algérie (son copain est Tunisien...).On découvre ensuite avec Hayet qu'on sera marié toutes les deux : elle deux fois et qu'elle divorcera. Moi une fois, ça se passera bien au début puis beaucoup moins bien (bon pas besoin d'une voyante pour ça vous me direz...). Les deux maris de Hayet seront riches. Son deuxième mari travaillera en Bolivie parce-qu'il sera dealer de drogue. Et elle enchaine comme ça pendant 10 minutes (pendant lesquelles ont est toute deux en train de se retenir d'exploser de rire). Elle fini par partir. Le concierge vient nous apporter le thé et café (je rappelle qu'on était à la BU). Cinq minutes plus tard, la secrétaire nous apporte un plateau de fruits avec des mangues, clémentines, raisins etc... (J'essaye juste d'imagine la secrétaire de la faculté de droit de Nantes faire de même...).

On fini par avoir notre cours de droit environnemental, donné par un prof qui drague toute personne de sexe féminin et passe son cours à faire des clins d'oeil et des sourires aux filles et à rappeller que de toute façon l'environnement ici tout le monde s'en fiche ( "Des études d'impacts environnementales au Liban? Aha mais mesdemoiselles, on est pas en France ici, tout le monde s'en fout des petits poissons ! " Bon.). D'ailleurs, en rédigeant notre exposé,  je cherchais de jolies formules du genre "il est intéressant de constater que..." "c'est avec intérêt que ..." avant que Hayat m'arrête dans mon élan : "Nan nan Jane, te fais pas de mal, y'a que nous que ça intéresse."
 D'ailleurs ce n'est pas faux, sur les 50 élèves en 2e année de droit, 12 ont choisi droit de l'informatique à la place de droit environnemental...


Bref, le soir j'arrive à l'ambassade pour mon cours d'arabe. Tous le monde (dont l'ambassadeur de France) est dans la salle d'exposition dans laquelle un photographe très connu est en train d'exposer ses oeuvres. Devant toutes cette bonne société ma prof devant le buffet nous dit : "yalla, on pique tout et on remonte dans la salle !! ". Elle sort des mouchoirs, les remplis de gateaux, de pâtisseries, les planques sous sont manteau et on sort tous discrêtement (j'adore ma prof). Elle nous sert ensuite le café en cours. Ah si tous les cours pouvaient être comme ça.

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