mardi 27 mars 2012

ET LES DROITS DE L'HOMME DANS TOUT CA ?

Le Liban est un pays tellement motivant dans le sens où l'on perçoit que c'est un Etat en pleine construction : il donne l'impression que tout y reste à faire, et ce, surtout dans le domaine des droits de l'Homme (dans lequel je classe l'environnement). C'est un pays qui donne envie d'agir tellement certaines situations sont choquantes aux yeux d'occidentaux comme nous.
 Et, ayant il faut avouer plus de temps sur les bras cette année, nous en profitons avec mes amis pour prendre part à des manifestations, des réunions à propos de toutes causes, suivre le travail associatif etc,.... D'ailleurs c'est assez étonnant mais quasiment tous mes amis au Liban font soit des stages dans des ONG,  du boulot associatif, ou du bénévolat dans les camps ou autre. Il y'a une sorte de dynamique positive au sein de notre groupe.
 De ce fait, même si au niveau scolaire cette année n'aurait pas été la plus instructive de mon cursus universitaire, je pense que je suis en train de déterminer petit à petit dans quel domaine je souhaiterais travailler plus tard de part mes expériences.

En tout cas ici, au vue de la situation catastrophique des droits (la situation des palestiniens, l'état desespérant de l'environnement, le non respect du droit du travail, les inégalités choquantes entre homme et femme, ET J'EN PASSE... ), on a l'impression de ne plus savoir où donner de la tête ! :)


INEGALITES HOMME FEMME

L'inégalité immense existant entre le statut des hommes et des femmes est révoltant ici : certes accrue en matière de statut personnel au sein de la communauté musulmane, elle demeure néanmoins forte dans l'intégralité du pays peut importe la confession (eh oui, on est dans un pays mediterrannéen tout de même!) . Ainsi récemment, on a participé à une manifestation en faveur de l'incrimination du viol et de la violence au sein du mariage : incrimination qui avait été rétirée d'une loi normalement prévue afin d'accroitre le droit des femmes. Au Liban, violer sa femme n'est pas perçue ni comme un délit ni comme un crime.

 De plus, lors de la journée de la femmes, des manifestations ont été organisées au vu de l'interdiction faite au femmes libanaise de transmettre leur nationalité à leurs maris et enfants : la femme libanaise mariée à un étranger ne peut lui transmettre sa nationalité pas plus qu'aux enfants nés de cette union, avec toutes les conséquences que cela induit  (enfants ne seront pas considérés comme libanais même s'ils habitent à Liban). Ce qui renforce d'ailleurs l'appartenance sectaire, puisque de nombreuses mères et pères refusent que leur fille épousent un étranger pour ces raisons. La justification d'une telle politique ? Le refus de naturaliser les palestiniens ainsi que celui de réaliser un déséquilibre au sein des communautés religieuses.

De plus non seulement l'inégalité est présente au niveau législatif mais surtout au niveau des mentalités. Un article publié par the Arab Women's Solidarity Association résume la situation ainsi : "D'après des études menées sur le terrain par le CRTD, les hommes, toutes classes sociales et économiques confondues, considèrent les femmes comme émotives, incapables de prendre une décision, irrationnelles, mesquines, ne s'aimant pas les unes les autres, moins intelligentes (que les hommes, évidemment!), ou alors "aussi intelligentes que les hommes sauf quand elles sont enceintes", dixit - excusez du peu - un universitaire! ".
Il faut de plus noter que comme dans tous les pays du bassin meditérannéen et spécialement comme les pays arabes, les femmes sont absentes du paysage, bien qu'une récente étude ait démontré l'existence de 6 à 7 femmes pour chaque homme au Liban ( ceci s'explique par les guerres ainsi que les migrations économiques des hommes qui partent quelques années à l'étranger soit étudier soit travailler). Dans la rue, et surtout sur la route des camps, c'est simple, je suis la seule femme à marcher. Situation assez perturbante au début (les libanais ont un regard assez pesant sur les femmes dirons nous et n'hésitent pas trop à dragouiller dans la rue) mais avec un mp3 et un bon casque, on s'y fait vite.

DROITS DES MIGRANTS

La situation est tout aussi catastrophique concernant le droit des migrants au Liban, et surtout ceux dont la peau n'est pas aussi blanche que celle des occidentaux ni aussi claire que celle de nombreux libanais. J'avais déjà évoqué dans l'un de mes premiers articles la situation des travailleurs migrants au Liban, surtout des "domestic workers", ces femmes (et parfois hommes) qui viennent d'Ethiopie, des Phillipines, du Sri Lanka, d'Inde, du Bangladesh, etc  etc  afin de travailler en tant que "bonne" et considérés comme de véritables esclaves (aucune vacances, parfois aucun jour de repos par semaine, travaillent souvent plus de 15h par jour, sont logés au sein de la maison -parfois dans une chambre mais souvent dans la buanderie, la cuisine, sur le balcon- , parfois confiscation de leurs passeports, etc ETC, et tout ça moyennant un salaire avoisinant les 250-300 $ par mois...). Récemment, un grand scandale a pris place au Liban : une Ethiopienne maltraitée au sein de sa "famille" est venue chercher la protection diplomatique auprès de son ambassade. Ses "maîtres" viennent la récupérer, la violente et essaye de la faire pénétrer de force dans leur voiture pour la ramener au domicile. La scène est filmée par l'un des témoins. Le lendemain la femme est internée à l'hopital psychiatrique et après cinq tentatives de suicide fini par réussir à se donner la mort deux semaines plus tard. Le film est diffusé sur la chaine LBC. Depuis, toutes les associations se mobilisent pour organiser une grande manifestation en son nom et tentent de sensibiliser et mobiliser l'opinion publique.  Outre la violence faite contre ces domestics workers qui n'est que monnaie courante, le majeur problème reste la non application des législations en matière de droit du travail à leur égard comme je l'avais évoqué précedemment.
Espérons que le drame qui a eu lieu aura pour conséquence de faire bouger un peu les mentalités.

Il y 'a une semaine nous avons participé à une soirée organisée par des migrants faisant parti des associations de lutte pour les droits des travailleurs migrants. La soirée était géniale : tous avaient préparés des plats typiques de leurs pays (les plats africains bourrés de piment ont mis tous les occidentaux K.O mais le reste était hyper bon!) et des danses de tous leurs pays (les africaines ont passé la moitié de la soirée à se moquer des chinoises qui dansaient comme des bâtons par rapports à elles...La scène était très drole ;) ).
 On a pas mal discuté avec les gens sur place et peu importe d'où ils venaient, leur avis concernant le Liban était unanime : ils détestaient, et n'avait qu'une hâte, rentrer chez eux. L'une m'a confié qu'à son arrivée au Liban, elle s'était retrouvée dans une famille qui l'enfermait à double tour dans la maison avant de sortir. Bien sûr, vue comment celles ci sont traitées, il n'y a rien d'étonnant à cette anecdote...




Je ne reviendrais pas ici sur la situation des Palestiniens que j'ai déjà développé dans un  article précédent ni sur celle de l'environnement mais celles-ci sont toutes aussi choquantes.

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